lundi 6 juillet 2015

Une photo, quelques mots (17)



Ça sent bon les vacances ! Pour l’atelier d’écriture de cette semaine Leiloona nous propose une photo estivale, prise par Vincent Héquet.


Je vous rappelle rapidement le principe de cet atelier : une photo, source de nos inspirations. Le texte est libre, il suffit juste qu’il ait un rapport avec la photo prise.
Cette semaine, je vous livre un peu de mon enfance…

Je suis du Sud de la France et je pense en rendre certains jaloux en disant que je vis à seulement à un quart d’heure de la mer. Et bien, je vais vous livrer un secret, je déteste la mer !
Tout a commencé dans mon enfance. Les vacances scolaires étaient l’occasion de se rendre à cette plage si proche. Plage qui nous promettait sur le papier repos et rafraîchissement. Le rituel était toujours le même. Ma mère nous imposait une sieste après le repas afin de nous reposer à la fraîche. Puis vers 15h30, c’était le branle- bas de combat. Enfilage de maillots, empaquetage des serviettes. C’est en général à ce moment là que tout commençait à se gâter… Je revois encore nettement mon père se battre avec le parasol, les chaises pour la plage, les sacs et les thermos pour tout faire rentrer dans la malle de notre voiture. Un chapelet de gros mots accompagnait ses efforts pendant que ma mère lui faisait les gros yeux en nous indiquant ma sœur et moi du menton. Ensuite, venait le trajet en voiture. Au début, ça roulait toujours bien mais forcément qui dit été dans le sud, dit touristes. En général, on se retrouvait coincés dans les bouchons. Fenêtre ouverte, radio en fond sonore, on attendait ainsi de longues minutes pour atteindre le Saint Graal qu’était la mer. Je vous passe les détails de l’épopée pour chercher une place pour se garer…
Bref, une fois sur place, il fallait encore tout sortir de la voiture et tout ramener sur la plage. Chacun avait sa tâche assignée et savait ce qu’il devait prendre. Ma mère se chargeait en général de la glacière et d’un sac, pendant que mon père se chargeait comme un mulet tout en pestant. Le trajet vers la plage était le moment le plus agréable car dans notre utopie quotidienne, nous pensions trouver une place… au bord de l’eau, là où l’eau salée vient nous lécher les orteils. Je crois que nous avons été désenchantés tous les jours des vacances. La plage était en général noire de monde et les gens entassés les uns sur les autres. Une fois que l’on avait trouvé un emplacement, il fallait marquer son territoire au plus vite. Ma mère nous indiquait où étaler nos serviettes, puis nous libérer enfin.
C’est à ce moment là que ma sœur et moi marchions vers la plage pour profiter de la fraîcheur de l’eau tant méritée. Ces moments dans l’eau avec ma sœur et mes parents sont sûrement mes plus beaux souvenirs de vacances et paradoxalement, ce sont aussi les pires. Je me souviens de ma mère et ma sœur jouant à la raquette sur le bord de l’eau pendant que mon père et moi nagions le plus loin possible. Mon père était toujours attentif à ce que je ne me fatigue pas trop pour que je puisse faire le chemin du retour et ma mère nous surveillait discrètement du coin de l’œil.
En sortant de l’eau, nous nous précipitions tous les quatre sur nos serviettes, épuisés mais heureux. Ensuite, il fallait supporter les cris des enfants qui passent en courant et vous jettent du sable dans la figure, la peau qui tire à cause du sel et la brûlure du soleil. Heureusement que j’avais mes livres pour me tenir compagnie. Le retour se faisait vers 18h et le moment de la douche était exquis.
Je déteste la mer et pourtant, lorsque je regarde les photos de mon enfance à la plage, je ne vois que des peaux hâlés et des visages souriants. Je déteste la mer et pourtant, je garde des souvenirs impérissables de ces moments. Je déteste la mer… mais j’adore tous les souvenirs qui font que je la déteste.

J’ai une grosse pensée pour mes parents en écrivant ce texte. Ils sont de super parents et des grands- parents géniaux. Ils ont d’ailleurs amené ma petite Lily à la plage cette semaine et devinez quoi… Elle adore ça !

N'hésitez pas à aller lire les autres textes dont les liens sont sur le blog Bricabook.

12 commentaires:

adèle a dit…

Chouettes souvenirs en noir et en couleur !
Très émouvant, bien décrit, l'enfance, c'est pas simple.

Leiloona a dit…

Un texte détonnant et étonnant dans ces descriptions mélioratives de la mer. Oui, en effet, on a aussi le droit de la détester ! ;)

Alors montagne pour toi, cette année ? :)

Amandine Aufildesplumes a dit…

@ adèle: L'enfance c'est pas simple mais la vie adulte non plus. Pour faire plaisir à ma fille je me replonge dans les joies de la mer... Je vais quand même essayer de la convertir à la rivière... ;-)

Amandine Aufildesplumes a dit…

@Leiloona: Et oui, je préfère la montagne. L'avantage de là où j'habite c'est que je suis à 20 minutes de la mer mais aussi à quelques minutes de la rivière. Les paysages montagneux ne sont pas loin!

Adrienne a dit…

émouvants souvenirs et bel hommage, j'ai aimé te lire :-)

Amandine Aufildesplumes a dit…

Merci beaucoup Adrienne.

Albertine a dit…

C'est sidérant : j'aurais pu écrire ton texte ! Moi aussi, je détestais et adorais la mer. Ah la fameuse sieste qui chez nous durait jusqu'à 16h00 !

sarah a dit…

C'est terrifiant à quel point tes souvenirs me rappellent les miens.
L'horreur du trajet en voiture (très long pour moi qui ai le mal des transports), le trépignement d'impatience à l'idée de tremper ses pieds pour la première fois, alors qu'il y a toujours un truc pour retarder ce moment...
Merci pour ce texte original qui va parler à beaucoup, j'en suis certaine.

Pierre Forest a dit…

Dans nos souvenirs, on enregistre parfois qu'une toute petite partie de ce qu'on a vécu, généralement celle qui nous a marqué le plus émotivement, de sorte que deux personnes pourraient vivre la même situation, alors que l'une a détesté et l'autre adoré. C'est rare, toutefois qu'on a les deux en même temps. C'est ce qui fait de toi un être unique.

Amandine Aufildesplumes a dit…

Dès que j'ai vu cette photo ça a été l'évidence. Nous avons tous un souvenir à la plage.

la fllibust a dit…

Et pourtant les parents faisaient le maximum, et qu'ils sont doux les bons souvenirs de la douche ou de regagner sa place sur la serviette, délicieux !

Amandine Aufildesplumes a dit…

Ah oui, ils se donnaient à fond! D'ailleurs ils se donnent toujours à fond pour leurs enfants et leurs petits- enfants.